Une interview excptionnel qui parait dans Ouest France : quels sont les méthodes de Kita ? Le président du FCN revient sur les échecs (Marek Heinz) et sur les bons points (Mamadou Bagayoko). Entre provocation et humour, il nous révèle sur ses objectifs : que le FC Nantes redeviennent le grand qu'il était il y a 5 ans ...
Monsieur Kita, après avoir fait quelques heures de voiture pour rendre à Boulogne lundi soir, on imagine que vous avez dû modérément apprécier la plaisanterie...
Je n'ai pas du tout apprécié ce qui s'est passé (NDLR : défaite 4-0). En même temps, il ne faut pas dramatiser, car ne n'est qu'une partie de la saison. Ce qui est très positif, c'est qu'il y a une bonne ambiance, un bon climat dans l'équipe. Une bonne entente entre les joueurs, l'entraîneur, le staff technique et je peux dire moi-même. C'est très important car ça fait gagner des matches.
Avez-vous parlé aux joueurs ou comptez-vous le faire ?
Je vais le faire cette semaine (Ndlr : il l'a fait ce mercredi matin). Pas pour remettre en cause tout ce que nous avons fait, loin de là, mais leur dire un peu ce qu'on attend d'eux. Le futur, ça se prépare. J'ai toujours dit que je me donnais deux ou trois ans pour monter en première division. Maintenant, si ça arrive avant, tant mieux, et on va tout faire pour.
Michel Der Zakarian, auquel vous n'avez jamais accordé publiquement votre confiance, dispose-t-il d'un nombre de jokers limités ?
Non. Pour ce qui concerne MM. Der Zakarian et Gentili, ils ont un contrat, on verra ça le moment voulu, en mars-avril. Ils ont toute ma confiance aujourd'hui. Ce n'est pas le sujet du jour, ni le plus important.
Vous avez, à l'instar de Nicolas Sarkozy, une image d'hyperprésident. Vous l'assumez ?
Oui. À 100 %. Moi, ce qui me fait rigoler chez vous tous à Nantes, c'est que, lorsqu'il n'y avait personne qui commandait, ça n'allait pas. Vous vous retrouvez avec quelqu'un qui est omniprésent, qui veut mettre son nez partout et qui assume tout ce qu'il fait. Et vous dites : il fait trop de choses. Ce n'est pas cohérent. J'ai vu un reportage de notre président Sarkozy qui allait voir le peuple, discuter avec les gens. Où est le mal. Moi, je suis dans le vestiaire, dans les finances, dans l'administration, dans le marketing. J'essaye de me mêler de tout, c'est vrai.
On a cru comprendre, à travers le cas Alain Florès, qu'il n'y avait, dans votre mode de fonctionnement, de place que pour un numéro 1...
Chacun son mode de fonctionnement. Il y a dix ans, le FC Nantes était une association, maintenant, c'est une société privée, donc les choses se passent différemment. Mais je n'ai aucun problème avec Alain Florès qui est toujours salarié.
Un salarié absent...
Ça, c'est un autre problème. Pour le moment, on discute. On en reparlera plus tard.
Comment définiriez-vous votre mode de management ?
Le plus important, c'est de connaître beaucoup de choses. Ça aide à comprendre. Après, j'attends que les gens définissent les besoins dans l'intérêt de la société. Les cadres supérieurs me donnent leur vision. Mais à la fin, c'est moi qui prends la décision.
Vous déléguez l'expertise mais pas le pouvoir en somme...
Pour leur donner du pouvoir par la suite, il faut bien connaître les gens. Mais c'est vrai que le pouvoir final, c'est moi. Pour ce qui nous préoccupe, le FC Nantes, il ne faut toutefois pas avoir une vision trop étriquée. Rebâtir, c'est compliqué. D'où ma prudence.
Dans une interview donnée à Presse-Océan, vous avez récemment dit, à propos du cas Alain Florès : « c'est mon argent ». Sous entendu, je fais ce que je veux. N'avez-vous pas été maladroit ?
Attendez, on me titillait. Peut-être qu'il aurait été plus diplomatique de dire : on est dans une société avec un actionnaire majoritaire qui concentre donc les pouvoirs de décision, y compris en ce qui concerne les ressources humaines. Mais sur le fond, ça revient au même, et je ne vois pas ce qu'il y a de mal. Mais encore une fois, ça fait des années qu'on attend un patron ici. Maintenant, il y en a un.
On n'a pas encore senti la marque Kita sur le club. Est-ce frustrant ?
Je vais vous surprendre, mais j'ai tous les jours des messages qui me disent le contraire. Des gens qui me remercient pour tout ce que j'ai déjà fait. Et je ne peux pas encore vous dire tout ce que je suis en train de préparer. Les moyens que l'on met en oeuvre pour la télé sur internet par exemple.
Mais ça, au risque d'être un peu provocateur, ce n'est pas un peu du folklore ?
Je ne le pense pas (très agacé). C'est une nécessité de montrer ce qui se passe, de jouer la transparence, de ne pas fermer les portes. Mais si c'est du folklore, pour un grand club, d'avoir son car, un équipement superbe, sa télévision...
Si vous préférez, pour l'instant, on n'a vu que du travail d'image...
Mais c'est important ! Quand on crée une société, on essaye de voir comment la faire connaître et reconnaître. On n'avait pas cela. J'ai essayé, avec le blason, par exemple, de répondre à une attente.
Mais l'image d'un club n'est-elle pas avant tout incarnée par ses résultats et sa qualité de jeu ?
À mon tour d'être provocateur. Là, vous êtes un peu primaire. Car si on s'arrête aux résultats, ce n'est pas la peine de faire un centre de formation. On achète et on revend des joueurs comme 90 % des clubs, et bye bye. Moi, je ne vois pas la société comme ça. Je pense être un bon exemple. J'ai construit une société, seul au départ (Ndlr : Cornéal, spécialiste de la lentille intraoculaire). Je l'ai revendue (Ndlr : 180 M¤) avec 385 employés à un groupe américain. Si vous veniez passer une semaine au club, vous verriez la marque Kita. Rien que dans les bureaux, des choses ont changé.
Quoi par exemple ?
L'organisation. Rien que l'organisation des bureaux. C'est important vous savez, que les gens s'y sentent bien, qu'ils viennent avec plaisir au bureau. Alors vous allez aussi me dire que c'est du folklore, mais c'est essentiel. Mais en deux ou trois mois, on ne peut pas tout changer. Et puis, ce qui a changé quand même, ce sont les résultats.
Mais on peut en grande partie les porter au crédit du tandem Dayan-Gravelaine qui a constitué ce groupe...
(À nouveau très agacé) C'est-à-dire ? Combien de joueurs ?
Shereni, Goussé, Maréval, Moullec...
Sur tout un groupe, vous me parlez de quatre joueurs. Et alors, et après ? Mais vous avez aussi Dossevi, Poulard, Heinz même si vous n'êtes pas toujours très bon visionnaire footbalistiquement (sic) à son égard. C'est nous qui les avons amenés. Et est-ce qu'on parle des négociations, des augmentations de salaires de certains.
Vous pouvez nous en parler, justement ?
On a revu tous les contrats. Bagayoko, Capoue ont eu des augmentations de salaire. Ce sont des négociations que j'ai menées. Car ce sont des joueurs qui n'auraient peut-être pas eu le rendement qu'ils ont sans ces interventions. Et ce sont des joueurs qui pouvaient partir dans trois ou six mois. Là, j'étais comme un con. Et il ne faut pas oublier, encore une fois, que je n'ai pris le club qu'au 3 ou 4 août. J'ai pris trois joueurs. J'aurais voulu deux de plus. On m'a dit non, pour le moment, ça suffit car il y a un groupe.
Vous allez les prendre au mercato d'hiver ?
Oui, je pense qu'il faut en prendre deux ou trois. Ce qui est normal. On construit le club ! Quand on fait une réunion au centre de formation, on s'aperçoit qu'en 16 et 17 ans, ils ne sont pas trop mauvais. Mais entre 18 et 21, il n'y a rien. Il faut qu'on travaille dessus. Mais ça ne se voit pas aujourd'hui. On travaille progressivement. Je ne suis pas venu pour faire un coup.
Concernant Marek Heinz, beaucoup ne partagent pas votre avis et se demandent même si vous ne l'imposez pas à Michel Der Zakarian...
Il l'a voulu aussi. Nous avons discuté pour les trois joueurs que j'ai amenés. Michel Der Zakarian, on ne lui impose personne. Mais Marek Heinz est un joueur qui a une super technique, quand même 40 fois international. Ce n'est pas n'importe qui. Il n'est peut-être pas encore dans le coup. Mais je suis Nantes depuis 30 ans. Souvenez-vous des Yougoslaves et des Argentins qui ont réussi. Certains ont eu besoin d'un an d'adaptation.
Où en est Christian Larièpe dans sa mission ?
Il met la main à la pâte pour le centre de formation. Et tous les week-ends, il voyage pour suivre un, et souvent deux matches afin de voir quels joueurs nous pouvons recruter.
Vous avez donc reconstitué l'équipe de Lausanne. Un sujet sur lequel vous ne voulez pas vous exprimer. Pourquoi ?
D'abord, je veux m'entourer de professionnels de confiance. Car comme cela, je gagne dix ans. C'est normal. En trois saisons à Lausanne, j'ai monté cette équipe au plus haut et fait un centre de formation. J'ai mis beaucoup d'argent dedans. On m'en a voulu parce que je suis parti et que je ne mettais plus d'argent. Une année après, le club est descendu, et on ne me parle que de ça. Je n'étais plus là. Quand je suis parti, j'ai assumé, j'ai signé des papiers. J'ai fait les choses proprement.
Pour vous, que signifierait réussir à Nantes ?
Je me donne entre 3 et 5 ans pour qu'on soit parmi les meilleurs clubs français. Avec un centre de formation qui fonctionne et des gens heureux et fier de travailler pour ce club. Ce serait déjà pas mal.
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[10 comZzZ : Peut être toi ...]

